PIEC : l’impact attendu de la REP VHU 

05/10/2026
Les pièces issues de l'économie circulaire (PIEC) progressent en France, portées par la réglementation et le vieillissement du parc. La REP VHU fixe désormais des objectifs d'extraction aux centres VHU : décryptage de son impact sur le marché du réemploi automobile.

Les pièces issues de l’économie circulaire, couramment appelées « PIEC », désignent les pièces automobiles qui font l’objet d’une deuxième utilisation dans le cadre de réparations. Elles peuvent être distinguées en deux catégories :

  1. Les pièces d’occasion, ou pièces de réemploi, sont extraites des véhicules hors d’usages (VHU) par des centres VHU agréés, qui vérifient leur qualité et les revendent sur le marché de l’occasion. La France compte aujourd’hui environ 1700 centres VHU dont la moitié produit des pièces d’occasion.
  2. Les pièces remanufacturées sont des pièces usagées, souvent défectueuses, qui ont été entièrement remises à neuf par un professionnel de la remanufacture afin de restaurer un état de performance au moins équivalent à celui de la pièce d’origine.

Le marché des PIEC est en pleine croissance depuis plusieurs années en France, porté notamment par un contexte réglementaire favorable. La REP VHU, qui a démarré opérationnellement en 2024, prévoit de soutenir et de renforcer ce mouvement.

Quels sont les impacts attendus de cette nouvelle REP sur le marché des PIEC, et en particulier sur les centres VHU, principaux producteurs de PIEC ? 

Un contexte favorable à la PIEC depuis plusieurs années

Une réglementation qui incite de plus en plus à l’utilisation de PIEC

Si la demande pour les PIEC a connu une croissance importante au cours des dernières années en France, c’est en raison notamment d’une réglementation favorable à ces pièces. Le 30 mai 2016 parait le « décret PIEC », qui entre en application en 2017 et oblige les réparateurs à proposer systématiquement à leurs clients des PIEC en alternative aux pièces neuves dans le cadre d’une réparation.  

Renforcé en 2018 par un arrêté qui fixe la liste des catégories de PIEC pouvant être proposées et précise les obligations d’information de la part des réparateurs, le décret a eu un impact notable sur la vente de PIEC, qui s’est accentué au cours des dernières années : en 2025, 93% des réparateurs affirment savoir ce que sont les PIEC contre 65% en 2023, et 57% déclarent proposer de la PIEC systématiquement contre 47% en 2023, d’après le baromètre Mobilians 2025. Selon l’ADEME, 60% des particuliers avaient connaissance de l’obligation des professionnels de proposer des PIEC pour la réparation de leur véhicule en 2024. 

Un parc automobile français vieillissant

Le marché des PIEC est également tiré par l’augmentation de l’âge moyen du parc, qui n’a cessé de grimper au cours des dernières années pour atteindre plus de 11 ans au 1er janvier 2025, contre 9 ans en 2011. Les ventes de véhicules neufs ont connu une forte chute lors de la crise du Covid et sont restées au plus bas tandis que le prix moyen par véhicule a bondi au cours des dernières années, poussant de plus en plus de ménages à se tourner vers le marché de l’occasion. En 2020, le prix d’un véhicule neuf était de 28 107€ en moyenne, il s’élevait en 2024 à 34 872€ d’après l’IMT.

Faute de pouvoir s’offrir un véhicule neuf ou récent dans un contexte de pouvoir d’achat contraint, de nombreux automobilistes conservent leur voiture plus longtemps. Pour en assurer l’entretien et prolonger sa durée de vie, ils se tournent de plus en plus vers les PIEC, notamment lorsque les pièces neuves ne sont plus disponibles.

Un intérêt économique et environnemental pour les automobilistes

Les PIEC constituent une alternative plus économique aux pièces neuves, un atout de taille dans le contexte inflationniste des dernières années. En effet, le prix est le premier élément cité par les automobilistes lorsque ceux-ci décident d’avoir recours à des PIEC plutôt que des pièces neuves dans le cadre de réparation d’après l’ADEME.

Les PIEC représentent également un véritable intérêt environnemental face aux pièces neuves : en prolongeant la durée d’utilisation des pièces de rechange, celles-ci évitent la production de nouvelles pièces, ainsi que les empreintes matière et carbone associées. Par conscience écologique, les consommateurs optent aujourd’hui de plus en plus souvent pour les PIEC lorsque celles-ci sont proposées par leur réparateur et l’aspect environnemental est désormais cité par 29% des automobilistes ayant choisi une pièce d’occasion plutôt qu’une pièce neuve d’après l’ADEME.

Les professionnels du secteur, notamment les assurances, favorisent également l’utilisation de PIEC dans le but d’améliorer leurs performances environnementales. Les assurances peuvent par exemple réduire leurs émissions de scope 3 en proposant à leurs assurés d’avoir recours aux PIEC.

Les impacts attendus de la REP dans ce contexte

Des objectifs d’augmentation du taux d’extraction des PIEC

La REP VHU, mise en place en 2024, a pour but d’améliorer et mieux encadrer la gestion de la fin de vie des véhicules.

Les constructeurs automobiles, responsables de la fin de vie de leurs véhicules, peuvent :

  • Soit se structurer en Systèmes Individuels (SI), en contractualisant directement avec des centres VHU chargés de reprendre les véhicules de leurs marques. Il existe actuellement 20 SI en France ;
  • Soit déléguer leurs obligations liées à la fin de vie en adhérant à l’éco-organisme de la filière, RecyclerMonVéhicule.

Les 1 700 centres VHU, quant à eux, ont l’obligation de contractualiser avec un constructeur automobile en SI et / ou avec l’éco-organisme de la filière VHU.

La REP fixe également pour les centres VHU des objectifs de taux d’extraction de PIEC en masse de PIEC par rapport à la masse du VHU. Pour les véhicules légers, ces objectifs sont les suivants (sachant que la performance moyenne se situait à 7,4% en 2020) :

Année

2024

2026

2028

Objectifs d’extraction

8,5%

10%

16%

Afin d’atteindre ces objectifs, l’éco-organisme et les constructeurs mettent en place plusieurs stratégies afin de pousser les centres VHU à se transformer et augmenter leurs taux d’extraction :

  • Au sein des SI, les constructeurs investissent ou signent des contrats avec des réseaux de centres VHU industrialisés et modernes : Renault détient par exemple Indra, un réseau de 360 centres VHU, qui vise à court terme 25 pièces extraites en moyenne par véhicule.
  • Les près de 900 centres VHU sous contrat avec l’éco-organisme RecyclerMonVéhicule doivent également satisfaire à des critères de taux d’extraction : les centres VHU ayant des taux d’extraction de moins de 10% sont agréés uniquement pour un an et le renouvellement de leur contrat par l’éco-organisme est conditionné à un plan de performance.

 

La disparition annoncée de nombreux centres VHU et la modernisation des autres

Le taux d’extraction national moyen d’extraction de PIEC par les centres VHU cache des disparités importantes entre les centres VHU. Tandis qu’en 2024 certains centres affichaient des taux d’extraction dépassant les 20%, notamment grâce à des processus industrialisés et des investissements importants dans leurs capacités de traitement des VHU, près de la moitié des centres VHU n’avaient pas développé d’activité d’extraction de PIEC. Ces centres VHU, généralement de petites structures peu industrialisées, ont pour la plupart une activité historique de ferrailleur.

La REP VHU, en mettant en place des objectifs ambitieux de taux d’extraction pour l’ensemble des centres VHU, vise donc la transformation ou la cessation d’activité des centres n’ayant actuellement pas développé d’activité d’extraction de PIEC. Les près de 800 centres non-extracteurs à date pourraient être concernés par cette disparition, s’ils ne sont pas capables d’engager les investissements nécessaires pour transformer leur modèle.

A l’inverse, des centres industrialisés, capables de traiter des quantités importantes de VHU, se structurent et concentrent de plus en plus les VHU riches en PIEC. Ces centres signent par exemple des contrats avec les assurances afin de s’approvisionner en véhicules accidentés, généralement plus récents et donc plus intéressants économiquement pour l’extraction de PIEC.

Participant à ce mouvement de concentration, des acteurs français et étrangers du secteur de l’automobile investissent également dans les centres VHU industrialisés afin d’assurer un approvisionnement de pièces de réemploi pour leurs activités.

  • Renault avec Indra
  • Peugeot en joint-venture avec le réseau Valorauto, qui regroupait 300 centres VHU en 2023.

Côté distributeur de pièces automobiles, Alliance Automotive Group (AAG) détient aujourd’hui 5 centres VHU via sa filiale Back2Car, tous en mesure de traiter plus de 5 000 VHU par an, afin de compléter son offre de pièces de rechange avec des pièces d’occasion.

Ce qu'il faut retenir

La REP VHU, en fixant des objectifs ambitieux d’extraction, vise à augmenter fortement la part des PIEC dans le marché des pièces automobiles. Cependant, ces objectifs resteront limités par le potentiel effectif de gisement de PIEC, qui n’est pas abordé par la REP VHU. En effet, les VHU les plus âgés et abimés ont un potentiel de PIEC extrêmement faible voire nul : les pièces sont trop usées pour être réutilisées et ne correspondent pas aux véhicules du parc circulant.

Cette limite de gisement n’a cependant pas été évaluée par la filière. Les acteurs du secteur estiment que la part des pièces d’occasion, aujourd’hui évaluée à 3% du marché des pièces neuves en valeur, pourrait doubler à l’horizon 2030.

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